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La CEUDA questionne le ministre sur une frontière ouverte et la protection à la frontière à la suite des attaques terroristes perpétrées contre les États-Unis
20 SEP 2001  Monsieur le Ministre...Certains articles publiés cet été dans des journaux hebdomadaires du Canada reprenaient des commentaires et des paraphrases de plusieurs de vos collègues du Cabinet, à savoir que ceux-ci considèrent l'élimination de la frontière entre le Canada et les États-Unis comme une démarche positive qui améliorerait le commerce entre les deux pays. Cette situation a créé de sérieuses préoccupations pour de nombreux membres de la Customs Excise Union Douanes Accise (CEUDA), qui seraient sérieusement touchés si une telle situation devenait réalité.

Personnellement, je crois que, vu les actes de terrorisme récents, un tel scénario est impossible. En fait, même sans ces terribles actes de terreur, une présence réduite à la frontière serait inopportune pour plusieurs raisons. Pour commencer, plusieurs systèmes automatisés, tels que ACROSS, réduisent déjà au minimum les attentes à la frontière pour les entreprises qui se donnent la peine de les utiliser. Ceux qui ne s'en servent pas sont évidemment satisfaits des formalités actuelles, ou les attentes habituelles n'ont pas d'effet significatif sur eux. De plus, faciliter le mouvement de biens pour la seule et unique raison de réduire les coûts et maximiser les profits perd son attrait lorsque l'on considère les répercussions négatives qui s'ensuivraient sur la population canadienne en général si une telle mesure était prise. Toute personne appuyant cette idée n'est probablement pas consciente des mesures déjà en place et évidemment oublie de tenir compte d'autres conséquences qui pourraient s'ensuivre. Je crois que la mise en application d'une telle mesure ferait un tort irréversible au genre de société que les populations du Canada se sont efforcées d'atteindre, préfèrent maintenir et estiment que les représentants élus devraient protéger en leur nom.

Je viens tout juste de revenir d'un voyage dans le Yukon, au cours duquel j'ai visité tous les bureaux des Douanes, et une raison appuyant le fait que l'on doit garder la frontière m'est tout de suite venue à l'esprit. Pendant ma visite, j'ai vu moi-même la différence considérable de perspective et d'attitude entre les Canadiens et les Américains quant aux armes à feux. Les Américains voient les armes non seulement comme une commodité, mais comme un de leurs droits fondamentaux. Imaginez les répercussions si on éliminait les douaniers à la frontière. Nous remarquerions sans aucun doute une augmentation immédiate et importante du nombre d'armes de toutes sortes qui entreraient au Canada avec les touristes américains, les voyageurs d'une journée et même les voyageurs de commerce. Et on ne parle ici que d'une seule répercussion.

Je suis convaincu que sans notre présence à la frontière, nous verrions un afflux de  pornographie, de vin, de bière et d'alcool américains peu coûteux, de cigarettes américaines bon marché, et de nombreux autres produits, si seulement pour éviter de payer la TVP et la TPS. Sans aucun doute, cela influerait négativement sur plusieurs entreprises canadiennes, réduirait les recettes provinciales et fédérales ainsi qu'éliminerait de nombreux emplois au Canada. J'entrevois les Américains se débarrasser de leurs déchets en les transportant vers le nord, les postes d'essences aux États-Unis plus occupés que jamais pendant que ceux du côté du Canada feraient faillite, et les criminels se diriger immédiatement vers le Canada pour esquiver la police américaine. Je pourrais continuer probablement pendant des heures, mais je n'ai aucun doute que vous savez déjà tout ça aussi bien que moi.

Je ne croyais pas que cette proposition avait votre appui puisqu'on ne m'a pas fourni un seul document, que je n'ai assisté à aucune réunion sur le sujet ou même eu une seule discussion avec vous ou avec un représentant de l'Agence des Douanes et du Revenu du Canada (ADRC) quant à une telle éventualité. Absolument rien qui aurait pu me donner une indication quelconque qu'une telle éventualité était même envisagée m'était parvenu sur le sujet. Toutefois, bon nombre de vos employés, nos membres, interprétaient l'absence d'une intervention de votre part comme possibilité d'appui à ce sujet. En fait, votre silence relativement à la question, plus qu'aucun commentaire fait par certains de vos collègues, était la vraie source de préoccupation. Puis, j'ai remarqué que vous faisiez également référence au * périmètre nord-américain +, le niveau de risque plus élevé que cela représente et le besoin d'explorer de nouvelles initiatives reliées à la sécurité périmétrique.

Tout compte fait, les membres de la CEUDA et moi-même apprécieraient si vous pouviez confirmer que vous n'avez pas contrer ces commentaires parce que vous êtes d'accord avec ceux-ci. À titre de ministre responsable de l'ADRC et des événements qui se déroulent à la frontière entre le Canada et les États-Unis, nous aimerions bien que vous nous fassiez au moins part de votre position sur cette question. Aussi, nous apprécierions si vous pourriez partager avec nous la direction donnée, le cas échéant, au conseil de gestion et aux cadres de l'ADRC relativement à cette question.

Je dois ajouter que le libre-échange ne veut pas dire, ni n'était destiné à justifier, l'échange sans restriction. Récemment, nos voisins américains nous ont clairement démontré qu'il en était ainsi par leur décision quant au bois de résineux. Toutefois, même sans aller jusque-là, vous convenez sans doute du fait que certaines personnes, et certains biens et produits, ne doivent pas entrer au Canada tandis que d'autres exigent certainement d'être surveillés de près. Maintenir et, en fait, renforcer les mesures à la frontière canado-américaine ainsi qu'au périmètre du pays est plus essentiel que jamais. Ainsi, je ne comprend pas comment certains représentants élus pourraient se démettre de leur responsabilité de s'assurer que la population canadienne dans l'ensemble soit la plus protégée possible tout simplement pour garantir que les commerces obtiennent leurs trente pièces d'argent. Manifestement, il doit exister une bien meilleure raison qu'une augmentation des profits pour que nos femmes et hommes politiques mettent une affiche "À VENDRE" sur cet important emblème de souveraineté.

Pour finir, j'aimerais faire remarquer que les événements de la semaine dernière ont fait croire, à juste titre, à bon nombre de nos membres qu'enfin des mesures seraient prises pour aborder plusieurs de leurs préoccupations de longue date.  Malheureusement, votre conférence de presse, votre intervention lors du débat au Parlement lundi dernier et notre réunion avec Messieurs Lefebvre, Tucker, Tremblay et d'autres représentants de l'ADRC hier nous ont convaincus que rien d'important ne changerait. Nos membres trouvent cette situation inacceptable, et j'apprécierais une occasion de vous rencontrer n'importe quand d'ici lundi 9 h. Après ce, je suis tenu de commencer à rencontrer le plus grand nombre de députés possible afin de les mettre au courant de nos préoccupations et de m'assurer de leur concours quant à des changements qui, je n'ai aucun doute, amélioreraient la sécurité des Canadiens et des Canadiennes en général.